Par Leo Liberti, CNRS LIX Ecole Polytechnique
Coécrit par Isabelle Di Martino, Campus Manager Junior IBM

L’un des premiers défis de l’ordinateur, était d’interagir avec l’Homme comme un être humain. Alan Turing avait défini cette capacité des ordinateurs à communiquer comme une propriété statistique d’un jeu qu’il appelait le « Jeu de l’imitation ». Le Jeu de l’imitation se joue entre un juge et deux adversaires différents (un homme et une femme à titre d’exemple). Le juge pose des questions au deux participants, qui ne répondront pas forcément de manière honnête aux questions posées. Si le juge parvient à distinguer l’homme de la femme, alors il gagne le jeu. On répète le jeu un grand nombre de fois pour calculer le taux de succès du juge. Dans un deuxième temps, l’un des deux adversaires est remplacé par un ordinateur. Si le juge a le même taux de succès que lors de la phase précédente alors l’ordinateur est capable de penser. Tout comme pourrait le faire un être humain, un tel ordinateur aurait la capacité de mentir. A la question « Es-tu une femme ? » ce dernier pourrait répondre par « Oui ».

Turing espérait que le progrès technologique aurait été suffisant pour qu’il puisse voir, un jour, un ordinateur capable de gagner le jeu de l’imitation. Jusqu’à la fin du XXème siècle, les experts en intelligence artificielle avaient le même espoir. Cependant, les ordinateurs se révélaient capables de faire beaucoup de choses simples très efficacement, mais jamais d’être pris pour des êtres humains.

C’est bien quand on semblait avoir perdu tout espoir, qu’IBM a commencé à commercialiser un système capable d’interagir avec le langage humain. Même s’il n’est pas encore au niveau de gagner le jeu de Turing, c’est un progrès considérable.

IBM a travaillé sur la question de l’intelligence artificielle depuis les années 1950. Une des raisons est le choix d’IBM d’investir dans la Recherche fondamentale et pas seulement dans la R&D, plus appliquée. De nombreuses idées sont conçues et développées au sein de la division Recherche d’IBM. Certaines d’entre elles ont déjà eu un fort retentissement, comme par exemple lorsque l’ordinateur « Deep Blue » a battu le champion du monde Kasparov au jeu d’échec. Les échecs peuvent être considérés comme un langage formel, avec des règles très précises et sont telles qu’il est facilement possible, pour la machine de les retranscrire en langage informatique compréhensible par l’ordinateur. En revanche, le langage humain, souvent ambigu, rend le décodage bien plus complexe.

La division Recherche d’IBM a en effet développé un système, baptisé « Watson » en hommage à Thomas J. Watson, premier Président d’IBM, qui repose sur des algorithmes d’apprentissage automatique. Dans la pratique, Watson est alimenté via des bases de données factuelles telles que Freebase et Wikipedia. Lorsqu’un utilisateur soumet une question au système « Watson », ce dernier considère plusieurs réponses possibles avec un certain degré de probabilité, pour finalement proposer à l’utilisateur la meilleure réponse. IBM a dévoilé au grand public l’existence de Watson lors d’une émission télévisé américaine (Jeopardy), jeux télévisé que Watson a remporté face aux champions du monde de ce jeu.

L’année dernière, IBM a annoncé la création d’une division “Watson”, qui s’occupe de chercher (et créer) des marchés pour des systèmes de compréhension des langages naturels. “Watson” n’est pas un ordinateur, ni un logiciel, mais un “écosystème” d’algorithmes et librairies qui travaillent ensemble pour fournir des services. Par exemple, transformer un texte donné en langage naturel dans une table bien formatée, prête à être insérée dans une base de données. Ou encore de suggérer des traits de la personnalité d’un individu (aversion aux risques, gout pour l’aventure, prise de décision) en analysant un texte rédigé par ce même individu.

Les premiers marchés ciblés par Watson sont: la santé, l’assurances, la finance, le tourisme. Dans l’application au secteur de la santé, Watson a analysé une grande masse de données, les diagnostics. Il est maintenant capable de diagnostiquer les maladies et les traitements à partir d’une description (donnée en langage naturel) des symptômes, avec un bon taux de succès. Les services téléphoniques d’information des assurances pourront bientôt être confiés à Watson, tout du moins pour les questions les plus courantes. Des millions de rapports financiers s’écrivent chaque jour dans le monde. Seul « Watson » est à même d’avoir une vue globale sur cette masse d’informations. Pour finir, « Watson » pourrait être d’une aide précieuse dans le secteur du tourisme. Notamment pour la plupart d’entre nous, qui hésitons longuement quant à la destination de nos prochaines vacances …

L’enjeu didactique est de former les ingénieurs et les étudiants à ce nouvel outil. IBM propose en ce sens des cours en ligne gratuit et ouvert à tous (disponible à partir du 20 avril) ainsi qu’un accès d’un mois gratuit à certains services de Watson à travers la plateforme BlueMix ! Pour profiter de cette opportunité, il suffit de se créer un compte sur http://www.ibm.com et de créer un identifiant IBM pour accéder à http://www.bluemix.net.

Les premiers cours sur les technologies de Watson en France seront délivrés à l’Ecole Polytechnique et à HEC Business School, dans le cadre de l’initiative Watson Academy d’IBM.

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