La France aux avant postes : en 2010, deux français, Cédric Villani et Ngô Bau Châu recevaient la médaille Fields, la plus haute distinction mondiale en mathématique. Pour comprendre la portée de cet événement, il faut savoir que la médaille Fields est aux mathématiques ce que le prix Nobel est aux autres disciplines scientifiques (les puristes vous diront que le vrai équivalent est le prix Abel, mais la médaille Fiels est considérée comme plus prestigieuse). Les deux lauréats français confirmaient ainsi la place prépondérante qu’occupe la France au tableau des médailles, avec 11 lauréats sur 52 médailles décernées. La France pointe en deuxième position, juste derrière les USA avec 12 médailles, et devant l’URSS/Russie/Ukraine avec 9 médailles.

L’école mathématique française
Cette particularité française, que l’on ne retrouve pas dans d’autres domaines scientifiques, est-elle due au hasard?  On peut penser que non, notre pays a vu naitre au cours des siècles de grandes célébrités, comme Henri Poincaré dont l’éclectisme a nourrit, et nourrit encore, la recherche en mathématique, ou Evariste Galois, lequel mourut en duel à 20 ans après avoir posé les bases de plusieurs branches de l’algèbre.
Nous pouvons encore citer Nicolas Bourbaki, le plus illustre mathématicien n’ayant jamais existé. Nicolas Bourbaki est en effet un pseudonyme utilisé depuis 1935 par un groupe de chercheurs, principalement français, qui ont tenté de reconstruire les mathématiques de façon rigoureuse à partir de bases minimales.
En remontant plus loin dans le temps, on trouve Descartes, dont on ignore souvent qu’il était un grand mathématicien, ou encore Pierre de Fermat, qui énonça un théorème sans en donner la preuve, et qui « résista » pendant plus de 300 ans aux efforts de ses pairs du monde entier avant d’être reconnu en 1995 par des grands noms comme Andrew Wiles .  Il faudrait citer les médaillés Fields bien sûr, en commençant par Jean-Pierre Serre, le plus jeune médaillé, récompensé en 1954 alors qu’il n’avait que 27 ans.

Les hauts lieux français
L’école mathématique française n’est pas qu’une vue de l’esprit, elle s’incarne dans certains lieux comme l’institut Henri Poincaré à Paris, l’IHES (Institut des Hautes Etudes scientifiques) de Bures sur Yvettes, ou encore dans le CIRM (Centre International de Rencontres Mathématiques) à Marseille. Ces lieux accueillent les meilleurs chercheurs mondiaux pour des séjours plus ou moins longs, ce qui contribue à nourrir la communauté scientifique. A ces centres de recherche, il faut ajouter un certain nombre d’universités ou de laboratoires du CNRS où exercent les 3700 chercheurs français. Et bien sur, il est impossible de ne pas évoquer les grandes écoles françaises, dont l’école Polytechnique, et l’ENS (Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm), à Paris. L’ENS détient un record, celui du nombre de médaillés Fields parmi ses anciens élèves. L’école a ainsi formé 10 médaillés Fields, une concentration unique au monde : aucune université, même américaine, ne compte autant de lauréats dans les rangs de ses anciens élèves.

Le mathématicien le plus connu au monde?
Ce petit tour d’horizon ne serait pas complet sans parler de Benoît Mandelbrot, le mathématicien sans doute le plus connu au monde. Renommé pour son invention de la géométrie fractale, Mandelbrot a vulgarisé sa théorie grâce aux très belles figures géométriques désormais célèbres. Il est intéressant de savoir que Mandelbrot a fait toute sa carrière au sein du laboratoire de recherche d’IBM Thomas J Watson dans l’état de New York. Il a commencé ses travaux par l’étude d’un problème de bruit dans les transmissions électriques, et pour le résoudre, a essayé de définir une représentation de ce bruit en langage mathématique.
L’idée qu’il a eu, à savoir des structures auto similaires, s’est révélée utile pour représenter d’autres phénomènes physiques, du dessin des cotes maritimes sur une carte à la forme des montagnes.
Benoît Mandelbrot a publié ses résultats dans deux livres qui ont contribué à sa notoriété internationale : Les objets fractals (1975) et The Fractal Geometry of Nature (1982).

Jean-François Puget est directeur des développements des produits d’optimisation mathématique chez IBM France depuis le 1er Juillet 2009.
Ancien élève en mathématique de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, il a intégré la société ILOG juste après sa thèse, et a depuis travaillé dans le domaine de la recherche opérationnelle et l’optimisation mathématique.  Il a rejoint IBM lors de l’acquisition de ILOG fin 2008.

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